Les trois cloches

Retrouvé dans mon journal personnel du mois d’avil 1960. Juvénat Notre-Dame, Iberville, lecture des notes (remise du bulletin mensuelle).

«Fête du frère directeur. La chorale interprète Les trois cloches. F. chante le solo.»

On remarquera que je respecte son intimité en ne donnant pas le nom du F. en question.

Cela demande quelques précisions.

D’abord, les journaux, que nous qualifiions alors de «personnels», ont toujours leur place dans la vie intime des gens. J’en tiens un depuis 1959, année de mon entrée au juvénat. Et j’écris encore, chaque jour ou presque, une pensée, une idée, une émotion forte, une colère réprimée. On pourrait dire de moi, en langage littéraire et universitaire, que je contribue à la littérature de l’intime. Eh! oui. On n’écrit plus son journal, on littérature son intimité. Intimité que je vais balancer au recyclage bientôt.

Ensuite, la chanson. Popularisée par Édith Piaf et les Compagnons de la chanson, Les trois cloches était de toutes les prestations de la chorale du juvénat. Sans oublier l’inévitable Valdéri, Valdéra.

Pour mémoire, voici le premier refrain des Trois cloches (chanté par F.)

Une cloche sonne, sonne,

Sa voix d’écho en écho

Dit au monde qui s’étonne

C’est pour Jean-François Nicot.

C’est pour accueillir une âme,

Une fleur qui s’ouvre au jour

À peine, à peine une flamme

Encore faible qui réclame

Protection, tendresse, amour.

F. clame haut et fort, depuis qu’il vieillit, que le frère Louis-Gérard ne lui a jamais confié de solo. Que, moi, j’étais son chouchou et que j’avais toujours les solos quand ce n’était pas Denicourt.

J’ai maintenant la preuve du contraire. Il m’excusera de blesser son humilité, mais F. avait une belle voix, que ce solo a mis en valeur, dans l’oreille éblouie de notre directeur et du frère provincial.

Pendant qu’il éblouissait les spectateurs, nous, les «choraleux», répétions en sourdine : «ding! dong! ding! dong!»

Après son triomphe, au moment de la lecture des notes, il reçut la médaille du premier de classe… comme à son habitude. Dans son grand âge, il répète que nous étions émules. Façon de dire qu’il m’arrivait, à l’occasion, d’être premier moi aussi. Moins souvent que lui cependant durant les dix mois de l’année scolaire.

F. est un ami très cher. Même après toutes ces années.

Je reprends, prétentieusement, le mot de Montaigne au sujet de son amitié avec La Boétie :

«Parce que c’était lui. Parce que c’était moi.»

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Auteur, rédacteur, scripteur et «prête-plume», comme on dit maintenant dans le métier.
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1 Response to Les trois cloches

  1. Avatar de Andrée Deschatelets Andrée Deschatelets dit :

    Ah souvenir, je me rappelle très bien de cette chanson que je me suis surprise à chanter par cœur. Ça doit faire 50 ans qu’elle jouait à la maison.

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