Noir, c’est noir…

Johnny chantait Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir… C’était il y a longtemps. À l’époque où je découvrais que l’espoir, ou l’espérance comme on l’appelait dans le milieu religieux d’où je sortais, meurtri, était une fumisterie qui nous détournait du réel. On se nourrissait d’espérance pour ne pas penser au vide, au grand vide qui nous attendait au bout de la vie. Ou au bout de l’amour quand celui-ci était mort… Quand l’amour est mort, une autre chanson qui m’avait marqué.

C’était il y a si longtemps, dans un autre siècle. Et pour paraphraser une autre chanson, plus récente celle-ci et de Dalida, je venais d’avoir dix-huit ans. Je n’étais plus beau comme un enfant — je ne l’avais d’ailleurs jamais été; je n’étais pas fort comme un homme — je ne le serais jamais!

C’était en 1966. Je venais de quitter la communauté. J’étais désespérément seul. Et j’écrivais — un texte retrouvé lors de mon déménagement : « Mon adolescence est finie. » Noir, c’est noir, il n’y avait plus d’espoir. Je l’avais laissé dans ma soutane, pliée soigneusement sur le pied de mon lit, au pavillon Champagnat du Scolasticat central de Montréal. J’étais encore jeune, il me semble, pour plonger dans le monde adulte. Je n’avais jamais été un bon nageur, encore moins un bon plongeur.

1er juin 1966. Mon frère m’attendait dans sa voiture rutilante. Il souriait, fier que je quitte enfin ce milieu délétère, pour ne pas dire mortifère, à ses yeux — et aux miens, mais je n’en étais pas encore tout à fait conscient. J’avais tout à plat, le moral, la santé, l’avenir. Noir, c’est noir… Comme la Galaxie 500 de mon frère.

Je ressemblais à une ombre. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Ce qu’on appelait alors la vie religieuse m’avait déchu de ma propre vie. Je flottais dans mes vêtements. Ma maigreur ne pouvait plus se dissimuler dans les plis de la soutane.

Mon psy m’avait prévenu : « Il faudra des années pour vous refaire, mais vous êtes jeune, vous y arriverez. »

Y suis-je arrivé? Me suis-je refait, un jour? Je ne sais pas, je ne sais plus, je me retrouve les mains nues — encore les paroles d’une chanson — à 65 ans bien sonnés, ma carte Opus de vieux en poche. C’est le cas de le dire, j’ai maintenant un passé! (On disait cela des femmes, surtout des femmes, qui n’arrivaient pas vierges au mariage.) Et peu d’avenir devant moi. Quelques années de vieillesse. Le déclin inévitable. La route qui conduit au bout de la vie.

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About pgue

Auteur, rédacteur, scripteur et «prête-plume», comme on dit maintenant dans le métier.
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1 Response to Noir, c’est noir…

  1. Avatar de pgue pgue dit :

    A reblogué ceci sur Images passéeset a ajouté :

    Pas jojo, le monsieur, en décembre 2012. Il faut dire qu’il était au prise avec un cancer… Cela change parfois les perspectives.

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