Déception

Déception. Grande déception même. Un regain d’écriture se manifeste depuis quelque temps. Alimenté, peut-être, par la lecture d’une entrevue avec Marguerite Duras.

Alors, je me dis qu’avant d’attaquer une nouveauté, je devrais relire mes anciennes œuvres. Le mot est gros. Très gros même. Il s’agit en fait de quelques nouvelles écrites il y a plus de trente ans.

Déception! C’est mauvais «pour faire des remèdes avec», comme disait une vieille actrice sur le déclin, il y a de cela très longtemps. Mal foutu, mal écrit. L’une d’elles raconte l’histoire d’un gars qui se sent, aux yeux de sa blonde qui l’a plaqué pour un massothérapeute qui lui a révélé son point G, en quelque sorte invisible. Même dans la rue, même à son bureau, personne ne semble le remarquer. Invisible, qu’il se dit. Alors, il décide de se séduire lui-même en se regardant dans un miroir (!!!) et de devenir son propre amoureux. Au diable les autres, désormais, il s’aimera plus qu’il n’a jamais aimé qui que ce soit. Oh j’ai oublié le titre de ce chef-d’œuvre : Narcisse. Mauvais, que je disais.

Pourtant, quand je relis les écrits de mes dix-huit, vingt ans, j’y trouve des choses merveilleuses. Il faut croire que l’on se gâte en vieillissant.

 

 

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Évidence

Curieux. Matin de Pâques, fête de la résurrection. En ce jour, nous enseignait-on, Jésus était passé de la mort à la vie. Changement d’état, il devenait le Christ.

Et moi, en lisant l’autobiographie de Madeleine Gagnon, un évidence me frappe de plein fouet en plein front.

Si nous « sommes », pendant notre vie, nous ne pouvons que « ne plus être » à notre mort. Il n’y a pas de changement d’état, puisqu’il n’y a plus d’état.

Cinquante ans plus tard, je réalise l’évidence de L’Être et le Néant, cet ouvrage qui a marqué mon adolescence et ma vie de jeune adulte.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

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De l’être

Autre oubli. J’avais retenu, entre autres choses, de ma lecture de Sartre dans les années soixante que l’homme est un être pour mourir dans une solitude en commun.

L’être pour mourir, je ne l’ai peut-être pas oublié. Ma vie a été jalonnée de décès, de ruptures, de reniements, de rejets. À certains moments, j’ai même cru que j’étais transparent, invisible. Je me souviens que des gens parlaient de moi, devant moi, se moquaient de moi, comme si je n’étais pas là. L’un d’eux est devenu chanteur. Adulé par les foules qui ne savent pas la mesquinerie de son être, du moins dans ses jeunes années.

Comment ai-je pu passer à côté de la solitude en commun?

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De l’inutilité

Un court texte évaporé, disparu.

J’avais écrit, il y a quelques minutes, que je redécouvrais l’inutilité de tout en général et de la vie en particulier.

Curieusement, mon éditeur de blogue m’a pris au mot. Ce texte, sans doute jugé inutile a disparu.

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Sur la photo

Sur la photo, le jeune homme a l’air heureux.

C’est le printemps. Pâques approche. Les frères scolastiques ont quitté la ville pour rejoindre ce que d’aucuns considèrent comme une sorte de paradis, sur les bords du Richelieu.

Mais le jeune homme n’est pas si heureux qu’il en a l’air. Sa vie s’apprête à changer. Et il doit l’annoncer à ses parents. Il a eu l’imprudence de les inviter à le visiter…

Ce lieu, le même que celui où, sept ans auparavant — il n’était encore qu’un enfant —, ses parents sont venus le conduire au juvénat, un dimanche d’août. Sa mère a essuyé ses larmes après l’avoir embrassé. Son père lui a donné la main. Après être remontés dans la Ford vert sapin, ils sont repartis pour Mont-Rolland, où la grande maison leur paraîtra désormais bien vide. Le plus vieux travaille à Montréal, et ils viennent d’abandonner leur benjamin à Dieu. Seule la conviction du devoir accompli les console. Maigre consolation.

Le soir, le directeur a dit aux juvénistes réunis que Dieu les appelait, que la vocation, c’était du sérieux, qu’ils apprendraient lentement, mais sûrement à tout quitter. Et gare à ceux qui ne répondraient pas à l’appel!

L’enfant a été tétanisé. Dans quoi s’était-il embarqué? Il n’avait que onze ans, et déjà, la damnation éternelle le menaçait, s’il ne suivait pas ce chemin tout tracé qu’il n’était plus tout à fait certain d’avoir choisi.

Dans les années qui suivront — juvénat, postulat, noviciat, puis scolasticat —, le petit garçon vieillira, mais il ne sera jamais vraiment heureux. Il pensera souvent à partir… Il priera pour résister aux appels du monde, pour garder les yeux fixés sur l’idéal…

Le jeune homme qui ne semble pas heureux sur la photo se rend compte que ses prières n’ont servi à rien. Il n’est même plus sûr qu’il y ait quelqu’un « au bout de la ligne » quand il prie. Il a décidé encore une fois de tout quitter, mais à l’inverse de la première.

C’est la nouvelle qu’il doit annoncer à ses parents. C’est à cela qu’il devait penser quand la photo a été prise. Il a le regard absent. Il tourne les mots dans sa tête, ceux qui lui faciliteront l’annonce de son départ.    

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Noir, c’est noir…

Johnny chantait Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir… C’était il y a longtemps. À l’époque où je découvrais que l’espoir, ou l’espérance comme on l’appelait dans le milieu religieux d’où je sortais, meurtri, était une fumisterie qui nous détournait du réel. On se nourrissait d’espérance pour ne pas penser au vide, au grand vide qui nous attendait au bout de la vie. Ou au bout de l’amour quand celui-ci était mort… Quand l’amour est mort, une autre chanson qui m’avait marqué.

C’était il y a si longtemps, dans un autre siècle. Et pour paraphraser une autre chanson, plus récente celle-ci et de Dalida, je venais d’avoir dix-huit ans. Je n’étais plus beau comme un enfant — je ne l’avais d’ailleurs jamais été; je n’étais pas fort comme un homme — je ne le serais jamais!

C’était en 1966. Je venais de quitter la communauté. J’étais désespérément seul. Et j’écrivais — un texte retrouvé lors de mon déménagement : « Mon adolescence est finie. » Noir, c’est noir, il n’y avait plus d’espoir. Je l’avais laissé dans ma soutane, pliée soigneusement sur le pied de mon lit, au pavillon Champagnat du Scolasticat central de Montréal. J’étais encore jeune, il me semble, pour plonger dans le monde adulte. Je n’avais jamais été un bon nageur, encore moins un bon plongeur.

1er juin 1966. Mon frère m’attendait dans sa voiture rutilante. Il souriait, fier que je quitte enfin ce milieu délétère, pour ne pas dire mortifère, à ses yeux — et aux miens, mais je n’en étais pas encore tout à fait conscient. J’avais tout à plat, le moral, la santé, l’avenir. Noir, c’est noir… Comme la Galaxie 500 de mon frère.

Je ressemblais à une ombre. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Ce qu’on appelait alors la vie religieuse m’avait déchu de ma propre vie. Je flottais dans mes vêtements. Ma maigreur ne pouvait plus se dissimuler dans les plis de la soutane.

Mon psy m’avait prévenu : « Il faudra des années pour vous refaire, mais vous êtes jeune, vous y arriverez. »

Y suis-je arrivé? Me suis-je refait, un jour? Je ne sais pas, je ne sais plus, je me retrouve les mains nues — encore les paroles d’une chanson — à 65 ans bien sonnés, ma carte Opus de vieux en poche. C’est le cas de le dire, j’ai maintenant un passé! (On disait cela des femmes, surtout des femmes, qui n’arrivaient pas vierges au mariage.) Et peu d’avenir devant moi. Quelques années de vieillesse. Le déclin inévitable. La route qui conduit au bout de la vie.

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Point de vue sur la dépression

[Un psy dit à son patient, affecté par le décès de sa femme :]

— La dépression est le maître symptôme de la lucidité. Comme l’anxiété et l’insomnie qui vont souvent avec. La volonté de vivre est un réflexe archaïque retrouvé chez les bactéries qui s’affaiblit à mesure que l’on gravit l’échelle. L’évolution de l’espèce s’accompagne d’une involution du réflexe de survie. Par conséquent, le suicide est une preuve de développement. Il ne faut donc pas vous troubler, votre humeur est humaine.

En résumé, la perte de ma femme n’y changeait rien. La dépression réactionnelle à un drame était le dopage administré par le destin à notre dépression constitutionnelle qui n’exigeait pourtant pas d’amélioration de ses performances.

— La nature a inventé deux artifices pour nous retenir sur cette planète : le plaisir afin de nous inciter à nous reproduire sans bâiller et la peur de la mort pour éviter qu’on ne s’y précipite. Ce sont ces bases simples que nous avons perdues de vue. Le bonheur, création postérieure et humaine, n’était prévu pour personne. […]

Le docteur Cotan conseillait de ne pas trop compter sur le secours des bons souvenirs d’antan, car le contraste entre l’allégresse d’hier et la désolation d’aujourd’hui n’égayait personne. D’ailleurs, le bon souvenir était une ruse de notre inconscient qui ne cherchait qu’à nous briser. Si nous parvenions à vivre sans regret et sans espérance, nous ferions cesser les fluctuations morales. Le goût de l’existence serait moins vif mais son dégoût aussi. Tout serait perdu, sauf l’humeur.

(Antoine Sénanque, Salut Marie, Paris, Grasset, 2012, p. 134-136

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Attente — La veille de…

C’est demain. À pareille heure, je serai fixé. Du moins, je l’espère. On ne sait jamais. À l’hôpital, on peut attendre longtemps. Je saurai si la bête, le crabe, le 666 de l’Apocalypse m’est tombé dessus ou non.

Comment on dit « j’ai la chienne » en anglais? I’ve got the bitch?

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La peur — Attente, jour 16

Impression d’être un mauvais acteur dans un mauvais film de série B. Il pourrait s’appeler La peur au ventre.  Ce ne serait pas très original, car il a sûrement déjà été utilisé.

Mauvais, mais pourtant acteur tout de même. Et mon rôle, je le sens bien… [J’écris ces derniers mots et ils me rappellent une mauvaise réplique d’un porno où l’acteur, fatalement mauvais, mais monté comme un cheval, son seul talent, demande à sa partenaire, écartelée à hue et à dia : Tu la sens bien?) Disons que je le vis, mon rôle, au jour le jour, sans donner la réplique à qui que ce soit, car on m’a dit que c’était dérangeant de se faire parler d’angoisse et de maladie.

Alors, je me ferme la gueule et j’ai peur en silence. Ce n’est pas vrai… Pas tout à fait. J’en parle à Cannelle, ma chatte. Je lui dis que j’ai la chienne (bizarre de dire cela à une chatte), comme a murmuré mon frère avant de mourir. Ses dernières paroles en fait. Alors, Cannelle vient se coucher sur mon ventre, le lieu de toute ma peur. Et elle me calme. Elle me console de la perte, la seule véritable, que je crains tant. Perdre la vie. L’expression prend tout son sens quand Cannelle ronronne doucement, tout doucement, en fermant les yeux de bonheur. Le sien. Et le mien, alors.

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Attente — Jour 3

J’ai toujours trouvé la grisaille de l’automne alternant avec des fulgurances de couleurs ensoleillées d’un romantisme qui me transportait.
Cette année, je ne vois que le gris. Je ne ressens que la froidure. Peut-être parce que je pense, malgré moi, que cet automne serait peut-être le dernier. Pour moi, j’entends; pas pour la Terre qui va continuer de tourner… sans moi.
Je suis en mode attente. La possibilité, encore, d’un mal qui me ronge. Le doute. L’angoisse.
Jour 1, examen. On me fait part d’un possible diagnostic. Mais je ne réalise pas le sens des mots. Il me faut du temps. Je suis secondaire de tempérament.
Jour 2, dur lendemain. Il faut que j’en parle. On me dit que la santé relève du privé, et que je ne dois pas embêter les autres avec cela. Encore le froid, mais intérieur.
Comme dans les vieux films, les pages du calendrier s’envoleront jusqu’au 7 novembre. Fin de l’attente, mais peut-être aussi choc devant une réalité que je ne voudrais tellement pas entendre.
Dernier automne? Malgré tout, j’espère que non.

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