En relisant mes bulletins scolaires

J’ai retrouvé mes bulletins scolaires.

Le premier : celui de la maternelle de mademoiselle Claire Saint-Germain, avec qui j’ai fait ma première année, dans la vieille maison des Rolland, l’actuel Au clos Rolland. Je n’avais pas l’âge pour entrer en première année au couvent, alors mes parents ont choisi de m’envoyer « au privé »… Ça fait snob, comme ça, mais, pour eux, c’était plutôt un sacrifice. Il payait déjà la pension de mon frère Raymond au collège Laval.

À mon grand étonnement, sur mes bulletins de deuxième et de troisième année, à l’école Saint-Georges de Mont-Rolland, je suis né le 30 novembre 1947 au lieu du 25, et mon père se prénomme Maxime au lieu de Marc — il faut dire que ses parents, ses frères et ses sœurs l’ont toujours appelé Maxime. Tant Solange Boyer que Pauline Latour, les deux institutrices, comme on les appelait alors, ont commis la même erreur. Mon passage au couvent des Sœurs Sainte-Anne ne m’a pas laissé de souvenir impérissable, à l’exception d’une claque que m’a assénée sœur Marie-Louise-Agnès — la directrice, que les filles plus âgées avaient surnommée « Pue du bec » — parce que, au catéchisme, j’avais dit que j’aimerais mieux aller aux limbes qu’au purgatoire, ce lieu me paraissant plus agréable, même si l’on n’y voyait jamais Dieu. Sur le coup — c’est le cas de le dire — je crois que je n’ai même pas pleuré. J’étais saisi. C’est dans le taxi Paquette du retour à la maison que j’ai éclaté en sanglots. Pauline et Colette Latour, qui voyageaient avec les enfants du rang, ont bien tenté de me consoler, mais rien n’y a fait. Raymonde, Jean et Paul Lamoureux, ainsi que Claude Latour sont restés silencieux tout le long du trajet.

Sur mon bulletin de quatrième année, quand je suis passé au collège des frères maristes, j’ai retrouvé ma date de naissance, et mon père, son prénom. Le titulaire, trouvant sans doute que j’avais des carences en éducation physique, comme mon ami C., décida de nous garder quelques fois tous les deux après la classe pour faire de la gymnastique. Ces jours-là, le taxi Paquette ne nous attendait pas. C. et moi devions rentrer à pied jusque chez nous — un peu plus de deux milles, si ma mémoire est bonne.

J’ai « sauté » en cinquième année, en octobre, et j’ai eu le frère Louis-Boniface comme titulaire. Comme il est resté vingt-cinq ans à Mont-Rolland, un grand nombre de garçons du village l’ont eu comme professeur. Il avait la main assez forte « dans la claque », lui aussi, et, quelques années plus tard, le jour de ma profession religieuse, je le lui rappelai. Il rougit… et sourit, quelque peu troublé, je crois, par ce souvenir. Surtout que mon frère se souvenait, lui, d’en avoir « mangé tout une ». Je me rappelle, le jour de mon changement de classe, qu’il administra une superbe claque à A. P., mon voisin de rangée. J’ai figé sur place et je me suis promis d’écouter, de ne jamais rire ou même sourire en sa présence…

L’année suivante, en sixième année, j’étais né le bon « quantième », mais pas la bonne année; j’avais rajeuni d’un an. Le frère Jean-Omer — je n’ai aucun souvenir de lui — était le titulaire, et le directeur était le frère Jean-Roger — surnommé « Oscar le Pleumé », on devine pourquoi. Qu’on se rassure, ce n’est pas le Jen Roger qui enregistra Le miracle de Sainte-Anne-de-Beaupré et devint un chanteur adulé de tout le Québec et le roi de la Casa Loma.

En septième année, le frère André-Robert — lui non plus ne fut pas une vedette de la télé ni un potineur d’Échos-Vedette, comme son homonyme — présida aux destinées de ma dernière année au collège de Mont-Rolland. L’année de ma naissance est illisible sur mon bulletin. On l’a tellement corrigée que le dernier chiffre est un mélange confus d’encre bleue et d’encre rouge. Finalement, j’ai l’air d’être né en « 194 ». Souhaitons tout de même que ce soit après Jésus-Christ. J’ai terminé l’année avec une moyenne générale de 85,7 % — c’est écrit sur mon certificat de septième année. 

Ce sont sans doute mes notes qui attirèrent l’attention du frère recruteur. Il me dit que j’étais sûrement appelé à la vie religieuse. Il parvint même à convaincre mon père, qui n’était pas du tout chaud à voir partir son fils de onze ans pour le juvénat. Un argument massue vint à bout de sa résistance : le recruteur lui demanda ce qu’il dirait à Dieu, au jour du Jugement, s’il refusait que son fils suive la vocation à laquelle il était certainement appelé. C’est ainsi que, le 30 août 1959, je suis monté dans la Ford vert forêt de mon père pour quitter Mont-Rolland et ne jamais y revenir à demeure. Il y a bien eu quelques semaines de vacances pendant les années de juvénat, puis, longtemps plus tard, un lendemain de Noël alors que j’étais au Scolasticat central de Montréal — mon père était venu nous chercher, le matin, et monsieur Adrien Boyer nous avait ramenés, le soir, Réal Boyer, Georges Éthier et moi. Plus tard encore, je fis le voyage Montréal–Sainte-Adèle, une fois la semaine, pour mes ateliers de théâtre à la Polyvalente.

Grâce à Gilles Lamoureux, un ex-confrère mariste — pas de liens de parenté avec les nombreuses familles Lamoureux de Mont-Rolland et de Sainte-Adèle —, j’ai revu mes bulletins des quatre années de juvénat, du postulat et du noviciat; et celui du Brevet A-1 au Scolasticat central.

Mon dernier bulletin… Mon baccalauréat en pédagogie de l’Université de Montréal. Je l’obtins en 1968, et il plut davantage à mes parents qu’à moi. J’étudiais déjà le théâtre et l’écriture dramatique… J’étais passé à autre chose.

Avatar de Inconnu

About pgue

Auteur, rédacteur, scripteur et «prête-plume», comme on dit maintenant dans le métier.
Cette entrée a été publiée dans Uncategorized. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire