Les joies familiales

Nos mères ne se parlaient pas, sauf en de rares occasions où il aurait été inélégant de ne pas le faire. Depuis ce matin, j’ai rayé une partie de ma famille paternelle de ma carte. Et je crois bien que, moi aussi, par souci d’élégance, j’aurai la politesse de leur parler si le décorum l’exige. 

J’aurai attendu le grand âge pour accepter de ne pas être aimé. Cela a toujours été tellement important pour moi. J’ai passé ma vie à faire des concessions. Un psychopop me dirait que j’ai eu un cancer colorectal parce que j’ai fait trop de concessions. Elles se sont accumulées et ont formé un polype… jusqu’à perdre le contrôle et à se multiplier. Mes concessions ont suivi le précepte biblique : Croissez et multipliez-vous. Obéissantes, elles ont été, n’est-il pas? On a essayé de les extirper de mon côlon à deux reprises. Elles s’entêtaient. Elles ont dû être brûlées et irradiées au 5-FU pour enfin lâcher prise. 

Y’é tellement fin! L’ai-je assez entendue, cette exclamation! Dans mon for intérieur — qui n’était pas fort du tout — je me disais qu’au moins, j’étais fin. On pouvait me dire n’importe quelle platitude, j’étais fin. On me disait que j’étais beau en dedans à défaut d’accepter de mieux me connaître. Sur le moment, je gardais le silence, symbole de ma finesse. Comme j’ai un caractère secondaire, quelques heures plus tard remontait en moi un petit goût surette de finesse mal digérée. 

Soixante-dix ans avant de faire un magnifique bras d’honneur à ceux et celles qui ne m’aiment pas, qu’ils soient de ma famille, de mes «amis» ou d’ailleurs! Au moins, ce sera fait avant de mourir.

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About pgue

Auteur, rédacteur, scripteur et «prête-plume», comme on dit maintenant dans le métier.
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