Malgré la pluie et le ciel menaçant, la journée des retrouvailles n’en fut pas moins ensoleillée. Revoir certains confrères que j’avais perdus de vue depuis tant d’années m’ébranla, je dois l’avouer. Ceux que je revis, ce fut avec plaisir. Il n’y eut pas de trouble-fêtes, ceux qu’en les apercevant, on se dit : Ah non! pas lui! Je ne fus pas torturé pendant mes années de juvénat, mais il y eut tout de même des têtes à claques qui se firent, quatre années durant, un plaisir de se moquer « charitablement » — aspiration à la vie religieuse oblige — de moi. La journée fut donc apaisante, ponctuée de moments que j’oserais qualifier d’attendrissants.
Ainsi, André B. me fit rencontrer le frère Jean Robillard, un être d’exception, qui me rappela des souvenirs de Mont-Rolland, où il enseigna à mon frère au début des années 1950. Et sa peine, sincère — ses yeux d’un bleu « marial » se sont embués l’espace d’un moment — quand je lui dis que Raymond était décédé. Comment oublier que c’est grâce à ce bon frère que je guéris, ou presque, de mon bégaiement? Il me prit en main, m’enseigna des trucs de respiration, de prononciation et de projection qui m’adoucirent les lectures à voix haute au réfectoire ou aux heures de matines et de complies. À un certain déplaisir de mes confrères pour qui nos petits-déjeuners redevinrent les repas bien tranquilles qu’ils auraient toujours dû être.
Ainsi encore, quand le frère Jean-Louis Tremblay, malgré un âge certain, « performa » dans une sorte de classe de maître de la direction chorale et fit chanter à l’assistance l’Ave verum de Mozart après quelques minutes de répétition. Moment de grâce.
Et les lieux. Les corridors que nous trouvions bien longs, à l’époque, et qui se révèlent des plus ordinaires. Les escaliers de bois, usés par les souliers des juvénistes au fil des années, ont été remplacés par des escaliers métalliques. Le vieil ascenseur, qu’il nous était interdit de prendre, et qui se vengea de ma désobéissance en me bloquant, un jour, entre deux étages. La chapelle « désacralisée », paraît-il, et qui, je me trompe peut-être, n’a plus son merveilleux orgue, où furent enregistrés de nombreux concerts radio-canadiens.
Journée remplie de nostalgie, mais heureuse sans langueur ni tristesse.