Chère Hélène,
Jamais je n’oublierai le jour où, en réunion de production à Radio-Canada, Maurice Falardeau me dit qu’il pensait à vous pour interpréter le rôle de Mademoiselle Antoinette Orthographe dans Le Grenier, l’émission que je commençais à écrire. Et je n’oublierai jamais non plus celui où il me dit que vous aviez accepté le rôle. Avec plaisir, en plus! Imaginez ce que votre accord représentait aux yeux du jeune auteur que j’étais. Hélène Loiselle jouerait dans mon émission! Vous avez demandé à me parler du personnage, car la féministe en vous se sentait un peu frustrée lors de sa lecture des trois premiers épisodes. Mais je vous ai rassurée en vous disant qu’Antoinette s’émanciperait rapidement des rôles dévoués au genre féminin.
Travailler avec vous — pendant quatre ans, à raison de trente semaines environ par année — fut toujours une joie. Vous adoriez votre personnage. Rappelez-vous quand vous avez découvert que, petite fille, Antoinette rêvait d’être ballerine. Dans la dernière scène, vous êtes apparue en tutu, jeune Antoinette ravissante de naïveté. Vous aviez peur que les spectateurs ne croient pas dans votre composition « jeunesse». Et pourtant…
La dernière fois que je vous ai rencontrée, j’étais avec mon père dans le parc Lahaye. Je vous ai vue passer. Je vous ai présentée à mon père qui vous a dit : «C’es-tu la Hélène Loiselle de Cap aux sorciers?» Sa question ne vous a pas fâchée. Au contraire, vous lui avez répondu : «Oui, monsieur, elle-même.» Et vous lui avez serré la main en souriant.
Reposez en paix, chère Hélène. Vous m’avez rendu heureux pendant toutes ces années.
C’est ce sourire que je conserve.