Parler à l’enfant que tu as été, même si tu n’es pas certain d’en garder de bons souvenirs. Le temps est passé. Et il n’en reste que des lambeaux. Mais rien de très heureux. Enfant, déjà, tu étais torturé. Par Dieu, son ciel et son contraire. Tu as fait ta première communion en état de péché mortel. Tu en étais certain. Sacrilège. Tu l’as peut-être confessé plus tard, bien plus tard, dans tes moments de — trop — profonde religiosité. Car ta religion n’avait rien de religieux. Elle n’était que crainte, peur, deal à passer avec Celui qu’on t’avait enseigné à craindre par-dessus tout. Puis, un jour de lucidité, tu t’es rendu à l’évidence que ce père Fouettard, menaçant et timoré, n’existait pas.
Et pourtant, encore maintenant, il t’arrive, dans des moments de fragilité — dans l’ascenseur, l’autre jour, qui te menait en radio-oncologie —, de le supplier d’être bon pour toi.