Parler à l’enfant que tu as été, même si tu n’es pas certain d’en garder un bon souvenir. Écran aux images floues. Le temps est passé. Ne reste que des lambeaux. Mais rien de très heureux.
Enfant, déjà, tu étais torturé. Par Dieu, son ciel et son contraire. Tu as fait ta première communion en état de péché mortel — tu raconteras, un jour, le pourquoi du comment. Sacrilège. Tu l’as peut-être confessé plus tard, bien plus tard, dans tes moments de — trop — profonde religiosité. Car il s’agissait bien de cela : ta religion n’avait rien de religieux. Elle n’était que crainte, peur, deal à passer avec celui qu’on t’avait enseigné à craindre par-dessus tout.
Tu as longtemps mis la faute de tes malheurs sur la religion. Elle en était bien sûr responsable, mais, toi aussi, tu l’as été. Ce que tu étais, ta sensibilité à fleur de peau, ta peur de tout déjà présente dans tes premiers cris de bébé bleu, tout cela et bien autre chose, tu ne peux les reprocher à la religion. Elle n’a fait que fabriquer la marinade dans laquelle ton inné et tes acquis ont macéré…
Puis, un jour de lucidité, tu t’es rendu à l’évidence qu’il n’existait pas, ce père Fouettard menaçant et timoré qu’on t’avait imposé d’aimer sous menace des flammes éternelles. Et pourtant, encore maintenant, il t’arrive, dans des moments de fragilité — dans l’ascenseur, un jour, qui te menait en radio-oncologie —, de le supplier d’être bon pour toi.